03.09.2009

Nécromants

Voilà. Le même laps de temps que le lycée. Trois ans. J'ai appris à ne rien savoir, à tout chercher. J'ai appris à bien chercher. Je n'ai pas fini mon Bachelor Of Art. L'anglais, à vingt crédits du but. Je risque de connaître les joies de l'échec troisième et définitif ; à moins que ce ne soit ces 10 crédits de retard qui, selon le règlement d'études et d'examens, ont valeur d'expulsion. Il faudra voir. La géographie, c'est plié. Sciences de l'information et de la communication, ronflant, en bonne voie. Et puis le service militaire, bientôt.

Il pleut. Comme d'habitude. Cette nuit l'orage était beau. La cigarette clandestine, à la fenêtre, le store avancé, le souffle en biais pour ne pas que la fumée stagne entre le verre et le métal, le plastique. Cela fait plusieurs jours qu'il y a dans l'air cette odeur d'automne, de fin de cycle. La veste en daim, le tabac, ces arômes nostalgiques et indéfinissables. Ecrire à la professeure, ressusciter un peu de cette époque. Poésie inutile, en vrac, massive -- lui confier l'amas de l'indécidable, comme à titre posthume, et la laisser faire son choix. Chose facile, ligne de fuite, lâcheté. Quelques mots, que lui raconter, que dire de qui je suis devenu, qu'omettre, qu'inventer.

M. a foutu le camp à Berlin l'autre jour et déjà me manque. Il est devenu comme ces figures lycéennes et oubliées en chemin, perdues parce qu'impossibles, idiotes, ephémères. L'on est tous morts quelques fois ces années. Peut-être le suis-je un peu plus. J'en ai pris l'habitude. L'usage des grandes trajectoires, des remèdes mensongers, des longs vers qui s'écrasent. L'on est devenu cons, tous, avec notre façon intime de le devenir et de l'être, et l'on s'enfonce dans nos personnages malhabiles, peu assumé pour ma part. Géniteurs, nous voilà. Qui ici ignore la ressemblance tragique ? Il faudrait être aveugle, inconscient, menteur. Et j'en connais, de somptueux aras aux discours flamboyants et tenaces, j'en connais des renards, des corbeaux. Je me rappelle ces fables et rigole. Le rire au bord de l'abîme -- l'on voyait cela en cours de français et l'expression même me faisait ricaner. Voilà, encore : la professeure, le retour au passé, l'infinie sollicitation des souvenirs définis comme étant les meilleurs -- mais tout cela est factice et je le sais bien, et j'en ai d'autres, et des mieux, des colorés, des pervers, des jours on ne peut plus heureux et plus sombres. Alors qu'importe ces humeurs, qu'importe le vent balayant les feuilles tombées en première lignes, qu'importe le canon du tonnerre et ces foutaises de métaphores.

04.08.2008

La liste de Finder

En attendant l'envol des ogives magiques du chat qui bottera le cul de l'occidentale, en attendant la prise de pouvoir des nouvelles amazones au rabais de la grande école gynarchique en quête d'inversion des valeurs, en attendant que l'oeuf soit bien mélangé sur la surface de la planète Traire, que les fumées des pays-bordels en voie de sous-développement noircissent jusqu'à nos cheminées à nous d'Europe, que les résidus rouges de la vieille pute russe irradient à tel point qu'on puisse voir les nageoires des poissons, au même titre que l'éternelle muraille des jaunes, depuis nos belles stations et satellites en orbite là-haut -- quelques tours et puis s'écrasent pas que dans le désert -- je contemple la fonte de ces gros glaçons sales dans mon rhum très brun, diarrhée alcoolisée à faire circuler dans les veines un poil obstruées, et me branle.

J'ai fait la liste des petits bobos que j'ai sur le coeur, comme ça, pour rire, en me regardant dans le miroir, je suis très beau, une queue correcte, le bide déborde un peu, c'est la bière, mais ainsi vêtu, quelle classe! Putain! Je vais aller conquérir l'univers, remettre à leur place les petits branleurs de poésie qui pensent encore sauver le monde de leurs mots d'amour, je vais taper un grand coup dans la fourmilière, dans la toile globale qui colle à nos yeux, je vais leur dire tout ça.

Mais d'abord, je dois, je dois, je dois, je dois, et aussi me piercer le nombril, et écrire quelques poèmes sur moi, une chanson qui parle de moi, et relire ma chouette liste de fin d'ère pour être sûr, vraiment sûr, que ça va mal.