22.09.2008

Le premier de solitude

Lorsque la nuit retombe

le jour ayant épuisé son crédit

et que les feuilles, soufflées

par le vent de la nuit,

ne savent plus pourquoi

ni comment

je remue la douleur

 

(les débris de la vie

pataugent au fond d'un verre)

 

Première promenade nocturne

sans toi

sans le poids du malheur malade

sans le poids du bonheur

j'ai envie de te serrer fort

je ne peux pas

j'ai peur

 

il faut cette distance de nos coeurs

pour revoir la couleur

à l'horizon

ressentir la douceur de l'air

sur le chemin

le poumon pur

sans cette limaille d'amour

cette plaie qui suppure

guérira sans ta main

qui l'enveloppait d'une étoffe

semblable à la mort

et la chérissait

sur mon ordre insistant

vaguement dissimulé par l'apparente

soumission de mon être

je guérirai

au long des danses vacillantes

des faux chants de victoire

des routes pavées de lames

l'écaille du mal

je guérirai

et toi de ton côté

seule avec tes fautes

et les miennes

tu croiras perdre la vie

à raison

puis au sortir d'une ruelle

très longue et sale

que tu auras crue interminable

éternelle

tu riras

 

alors dans les ciels

les grands oiseaux de l'amour

reviendront à tire-d'aile

et de nos cendres ressassées

trop longtemps et trop mal

malaxées sous nos mains désireuses

de connaître le vrai fond

d'accomplir le rituel

de nos sexes débordant

nous ferons un diamant

 

je reviendrai

tu seras là

rien ne s'efface sous le chiffon

de tes larmes --

et des miennes

tapies derrière le masque épais et froid

de l'homme désincarné

contemplant de sa tour

l'étroite distance

calculant l'espace à mettre

entre nos corps aimantés

voulant encore

comme les pièces d'un puzzle

s'encastrer --

rien ne s'efface et nous saurons

retrouver le fil de notre amour

j'y crois

 

il sera temps

nous accrocherons nos vêtements

à la haute patère du soleil

et nus nous reprendrons

nos ébats

à l'instant même où nous avions

suspendu cet envol

sans accroc dans la toile

de ce qui semble être

le destin

aujourd'hui il ordonne

que je lâche ta main

et marche seul, loin

 

mais je reviendrai

et tu seras là

rien ne s'efface sous le chiffon

de tes larmes et des miennes

car je t'aime et ce n'est pas

quelques barrières chichement dressées

quelques subtils détours

qui m'empêcheront de revenir

placer mes pas dans ta course

et toi aussi

tu guériras

hamster doré

la plus grande part

de ma joie

tu guériras

tu guériras

et si je devais faillir

ce ne serait qu'un mauvais rêve

rappelle-toi

l'effort à faire

les nuits de poix

tu balayeras

ces fragments froids

tu sauras

prendre la chance

de devenir...

 

et je reviendrai

car tu seras là

et nous saurons poursuivre

le fil de notre amour

tressé de flammes

 

et si je me trompe

qu'importe

la vie

19.09.2008

Le théorème de l'échec

Alors que l'automne affirme un peu de ses droits limités de température et de lumière, le système mondial s'amuse à faire semblant de se désagréger un rien. Quelques milliards ici ou là pour réduire la portée d'une pauvre pièce de domino; des faillites à l'incidence trouble, des rachats glaireux. Dieu, donne-nous notre lot quotidien.  Je n'y comprends rien. Ce grand jeu de puissance m'égare. L'absurdité virtuelle érigée en moteur de l'humain, la tristesse des traders, l'activité des banques centrales, autant de manières de mourir, d'étouffer le grandiose, de retirer la parole à l'espoir. Que les marxistes rient un instant pour mieux accepter l'inertie, l'énergie froide des cordons ombilicaux et policiers, et périssent la bave aux lèvres. Le sang tache les chemises de nouveaux christs plastifiés, cartes de zones d'influence à collectionner, sperme à récolter au fond de bouteilles de vin au goût sale, distribution de buts et d'objectifs photographiques à vague consonance pornographique dont la tiédeur s'empare des sexes dressés, onze septembre, aéronefs, je débande.

Pourtant, pour aussi absurde que me paraisse ce système surané et invincible, je suis forcé de reconnaître la capitalisation de mon âme et son appartenance à ce tout virtuel et glacial. Mon cerveau est une banque, une bourse. Ici aussi, au creux de mes idéaux dégénérés, de mes idées lancinantes et pourries, l'insecte qui traverse le vide à grande vitesse, train filant vers plus d'astres mous, vaisseau faussement romantique mais bien imbibé tout de même, a une importance délirante, des conséquences imprévisibles, est une menace pour l'équilibre général. Dans l'intérêt de tous, offrez-moi un insecticide puissant, que je puisse être à nouveau délivré de cet éphémère imprévu, donnez-moi de vos bombonnes, des aérosols efficaces et verts si possible. J'emmerde l'ozone, j'en ai ma couche.

Il y a peu encore, mettons un an, je savais ce que je voulais, ou du moins la détermination émanait de moi sans coup férir. J'avais pour certains la réputation de ne rien vouloir; pour d'autres, celle de savoir exactement où devait me mener mon chemin de perte, avec mon consentement. Je me moque de ces anciens avis jetés sur ma route, je ne me préoccupe pas des jugements perdus, oubliés, dépensés cash sur des comptoirs crades et plus collant que des attrapes-mouches. Je m'en fous des ritournelles passées, des discussions poisseuses avec ces faux amis, traductions merdiques de mon mal-être antique et tentatives vaines de mettre des mots sur une vacuité accablante -- qui alors ressemblaient bien plus à une fiole de vodka presque vide à force d'aider l'alchimiste conversationnel de ces fins des soirées pénibles. Je n'ai aucun regret à propos de cette époque désormais révolue et j'y repense avec le sourire du loup, du prédateur à peine frustré de n'avoir pu tous les dévorer de ma hargne poétique, de n'avoir pu écraser de ma botte leurs rêves, tas de fumier sobres et normés. Ma tolérance d'aujourd'hui n'est plus celle d'alors; devenue bien plus large dans son acceptation du monde et à la fois plus sélective (tellement sélective que je ne tolère plus qu'à peine ma propre personne rongée par les vers d'une évolution en dents de scie -- la bourse, vous disais-je -- et que mes errances me dégouttent), elle ne me permet plus d'être en accord avec cette banalité létale qui tissait la tapisserie de la vie de ces gens factices, se fardant de simplicité gentille pour plus facilement poignarder dans le dos le poète dissemblable, moi, autrefois célibataire endurci et borné au rôle de confident sans pénis reconnu que j'aurais pu enfiler entre leurs jambes pendant un moment d'égarement, consolation du vide, de la chair. J'étais l'ami ultime et asexué, grand consolateur de ces poitrines flasques et marquées de mille stries. Mon ressentiment à l'égard de ces excréments avec qui j'ai partagé l'eau des chiottes de tristes bars durant des nuits inutiles est intact, quoique légèrement voilé par la brume du passé qui recouvre tout de son obscurité douce et qui, intelligement, me dit, ne reviens pas.

Ô la mer, la marée, le ressac de mes idées. La météo de mon âme, imprévisible, évolue d'heure en heure sans me tenir au courant de ces changements infimes qui usent ma détermination. La moindre altération de température, de lumière, provoque des incidents majeurs dans le cours de mes pensées. Ici, nulle banque centrale pour réguler l'univers sombre. L'embarcation de ma vie navigue donc à l'aveugle, hésitant entre les fosses sous-marines et les hautes falaises des côtes; Bretagne, phares, blanche et lointaine rédemption. Mes répétitions, images semblables aux précédentes, suivent elles aussi le flot de mes indécisions, non-décisions, et nourrissent le monstre du néant. De jour en jour il m'est plus difficile de savoir qu'elle est la voie que je veux emprunter, peut-être pour ne jamais la rendre, et l'âme oscille, araignée à flanc de mur, baromètre déréglé. J'aimais croire en mon instinct infaillible, suivre mes pulsions sans retour et entretenir mes rêves, dévastant ma vie au passage s'il le fallait. A présent que rien n'est fixé, que le sol de ma raison est mouvant, je suis moins sûr de ce principe de volonté. Si j'écoute mes voix, j'avance, je recule, je m'égare dans des labyrinthes, je reviens sur mes pas, j'attaque, je défends ma liberté, je prends des chaînes, je vais voir un peu sur la gauche, j'abandonne... Mais qui écouter d'autre? Je ne sais pas comment planifier le trajet, tenir le cap. Des sirènes sur la route et trop peu de cordages, nul compagnon pour m'attacher, une gorgone volubile à ma droite. Cette mascarade ressemble lentement à une fin d'adolescence difficile, à une incapacité à prendre des responsabilités, à devenir adulte. Je ne sais qu'en penser véritablement, cette dernière théorie étant trop réductrice pour être viable.

Cependant, je sais que jamais mes dents ne s'useront et qu'intactes je les emporterai dans la tombe; là-bas, nul sorcier ne me fera racler des ongles la lourde pierre.

16.09.2008

Et peut-être si je pleure?

J'ai ouvert des horizons que parfois je souhaiterais pouvoir fermer. En lieu et place de rédemption, je suis revenu sur mes pas sales accompagné d'une gorgone sublime. J'ai découvert l'âme soeur de ma face sombre, et la lumière veut fuir. Un manichéisme malvenu en une si complexe forteresse, un dédale infini de pièces obscures qui sentent la mort. L'été est déjà fini. C'est à présent un drôle d'automne, un lynchage froid, une corde raide. Peut-être, si je pleurais... peut-être.

13.09.2008

La grande supercherie létale

L'autre jour, à Lausanne, j'expérimentais une fin d'été qui tenait à peu de choses. Fumant sur un banc à la Riponne, Isoldh installée à ma gauche, j'étais incapable de saisir ce qui faisait de cet après-midi ensoleillé une véritable fin d'été, quasiment palpable, se répercutant jusque dans mon corps et mon âme, et dont l'essence pourtant m'échappait à chaque bouffée. Au gré de ma cigarette, je passais en revue l'atmosphère du lieu, du temps: cela devait tenir au calme -- une fois seulement les bruits assourdis de la route retranchés du calcul -- mais en vérité la circulation des voitures dégageait aussi  une lente sérénité; en effet, nulle agitation, nuls motards, nuls enfants hurlant sur la place. Mais bientôt, une ribambelle d'écoliers braillards venait me contredire. Alors peut-être était-ce dû à la position du soleil, ancré plus bas dans le ciel, rasant un peu plus les toits de la ville et le clocher de la cathédrale, projetant les ombres au-delà du visible. Peut-être y avait-il une odeur d'automne dans l'air, un soupçon de nostalgie dans les gouttelettes d'eau portées de la fontaine à mon visage par le vent léger.

Toujours est-il que la tranquillité et la mélancolie de la scène, intacte devant mes yeux, se brouillaient lorsqu'elles rencontraient le miroir de mon esprit. J'intériorisais le cours des événements pour mieux le détériorer dans la forge de mon âme, truquant les opérations, faussant ici ou là les ombres, les rapports magiques, le souffle divin, l'effet de la nicotine, déformant mes sensations présentes pour les faire passées, ignorant la course en avant, cette fuite qui emportait l'image sereine de cette journée de fin d'été pour la précipiter dans l'abîme du néant, et faisant cela je tirais comme un animal de trait le grand attelage de ma vie vers le gouffre, avec cette conscience à peine effacée de l'instant, de l'acte de mort que l'on s'apprête à commettre ou que l'on a commis, contre notre gré, mais avec la sainte bénédiction de notre être. J'étais perdu dans cette pseudo-conscience, me débattant avec mes angoisses, cette peur de la mort de mon amour, et je transpirais sous le soleil implacable, sans rien dire ou presque, quelques banalités dont je ne me rappelle rien. J'avais besoin de digérer deux choses: premièrement, la cuite risible de la nuit passée; deuxièmement, la vacuité de mes craintes diffuses, qui me paralysait au point de ne pouvoir penser à autre chose.

Revenu le soir à la Chaux-de-Fonds, ville de mon existence entière ou presque, l'automne m'attendait sur le quai. Il venait d'assassiner le bref été de la cité des montagnes et, le poignard encore humide du sang de son triste prédécesseur, il arpentait le bitume de la gare en semant un peu de sa pluie et beaucoup de son froid. Derrière lui venait le tourbillon des premières feuilles mortes, comme un énorme rire lancinant, allant et venant, montant et descendant selon la volonté du maître des vents. Le dernier bus avait largué les amarres une heure auparavant, et il allait me falloir traîner ma patte blessée et serrer les dents jusqu'en haut de la colline. Que restait-il de la fin d'été que j'avais vécue quelques heures auparavant? Presque rien, une vague lumière et des cendres; j'avais conservé les pleurs d'Isoldh dans l'ICN, ma solitude douce-amère dans le Regio Express, l'arôme des heures passées dans les trains qui filent comme les étoiles, mais l'après-midi n'avait guère marqué ma mémoire.

Le lendemain matin était consacré à une nouvelle imagerie royale et magique, mais laissez-moi vous épargner le diagnostic évoluant de semaine en semaine, polymorphe, intangible, incroyable parfois -- Isoldh vivra. J'aimerais plutôt parler de la déception létale, de l'ironie tragique qui s'est emparée de la vie. Je m'apprêtais à dire adieu; il n'en sera rien. Le fleuve continuera d'écouler son venin longtemps encore, allant cependant s'étrecissant, le débit diminuant avec la distance. Je faisais un deuil en avance, qui s'avère maintenant vain, vain comme tout ce que j'ai accompli jusqu'à présent. Il n'y aura nulle opportunité de réparer les erreurs passées dans l'urgence qui permet cette réparation ultime et sublime, de distribuer l'amour comme au dernier jour. Cela me soulage et me comble de bonheur, et dans le même temps me dépouille d'une tristesse et d'une angoisse apprivoisées. Oui, car l'angoisse s'apprivoise, s'effondre sous son poids propre et très précis, serpent se mordant la queue, mais aussi armature trop lourde pour résister à elle-même, muraille mal conçue. J'en étais venu à ne plus souffrir, à pleurer le moins possible, naturellement -- je m'étais habitué à la fin probable, proche peut-être. Aujourd'hui la voie est dégagée pour quelques temps encore, et il faut avancer en tentant d'effacer les fautes, de prêter une attention soutenue aux détails, sans pour autant que cela soit une nécessité temporelle -- et donc il me sera impossible de le faire.

L'ironie tragique a déployé ses troupes un peu plus loin, fortifiant les positions de son siège de la citadelle. J'aperçois d'ici les oriflammes qui crient dans les cieux, j'aperçois le contour exact des tentes, la forme des tours, des béliers, des échelles. Je ne sais quand surviendra l'assaut final, mais j'ai une certitude: le sort se moque d'Isoldh, la prend à son propre jeu, transforme ses pulsions en des peurs terribles qu'elle ne pourra affronter seule. Pour cela et par amour je me dois de rester avec elle au donjon suicidaire, peut-être déjà suicidé, et de suivre la longue bataille qui s'engage dès aujourd'hui. Nous sommes dans la plus haute tour; les gardes sont sur les chemins de ronde -- ce sont des cadavres; le capitaine est mort, une flèche de baliste l'a fauché lors de notre dernier orgasme. Enfermés dans la grande salle, nous jouons un quatre mains sur le piano de la chute. Et il faudra jouer jusqu'à la fin de cette jeunesse sclérosée, jouer sans se préoccuper de l'ombre des tours de siège qui s'avancent, jouer jusqu'à la prise des remparts, jusqu'au bruit des bottes dans l'escalier en colimaçon, car je suis éternel et invincible, et sans crainte devant l'indicible; il faudra créer, encore et encore. La page est ma forteresse imprenable, un tombeau plus beau que les nuages dorés de ces après-midi de fin d'été, une falaise au sol hérissé de pieux plus rouges que les feuilles de l'automne sale et bref, et les corps des déceptions passées pourrissent sur ces piques de bambou ou de fer sans plus communiquer leur rage, leur haine -- leur amour même.

Mais hier soir en fumant, j'ai vu passer les moustiques, tous mauvais présages et malédictions, et je sais que ma jeunesse fuit. Des litres de sang mêlés à de la bière tiède gogent au fond de mon coeur d'enfant, et je patauge dans des refuges infâmes au creux desquels j'essaye de réduire au silence ce satané instinct de survie qui me dit de m'en aller. La supercherie létale m'a pris aux tripes et je n'ai d'autres chemins que rester ou partir -- un vieux poème que j'avais écrit illumine ma mémoire décatie: il y a trois ans je récitais ces mêmes mots, ces mêmes fuites, ces mêmes dépotoirs, avec le sentiment d'avoir gâché tout l'envol et de m'être accoutumé à trop de noir.

 

"Je ne me suis pas fait assez peur

je ne me suis pas fait assez mal

pour renoncer à l'horreur

pour quitter cet endroit sale.


Je suis assez fort pour rester

je suis trop faible pour partir

et s'il me reste de quoi rêver

je n'ai plus de quoi guérir."

03.09.2008

Le véritable fond

La longue attente a touché à sa fin, une fin factice qui n'est en fait qu'un étrécissement du cours possible de la vie. Je n'ai jamais fait confiance aux statistiques et me suis toujours fié à ma chance naturelle, mais peut-il en être encore ainsi aujourd'hui? Je ne crois pas. Pas de tumeur à l'horizon, pas de quarante-neuf pour-cent, mais un hématome au cerveau; un hématome qui se résorbera peut-être -- vingt-deux pour-cent pour espérer vivre vieux -- mais qui dans la majeure partie des cas signe l'arrêt de mort de la femme que j'aime, d'un oeil aveugle, d'une main inerte et crochue, avec désintérêt, désinvolture, sans même y prêter vraiment attention. Comme cela. Pour rire, pour pleurer. Isoldh sera fixée dans un mois. Que peut-on faire d'une trentaine de jours construits de la matière du doute et de la peur, et qui peuvent être les derniers comme de simples journées disposées à laisser la place à d'autres? Je ne sais pas. Je n'ai jamais réfléchi à ce que ce genre d'instants marécageux peuvent être réellement. Je verrai bien.

Au rayon des certitudes se trouve l'impossibilité d'étudier et de préparer les examens de septembre. Mon esprit est insaisissable et il m'est difficile de mobiliser ne serait-ce qu'une infime parcelle de mes capacités pour accomplir une tâche concrète. Evidemment, énoncer cela après le triste bilan de la situation d'Isoldh semble dérisoire, inutile, cruel même. Je n'ai pourtant pas d'autre bouée à laquelle m'accrocher; parler de ce qui se révèle à présent comme des obstacles insurmontables me permet de fixer des limites tangibles entre possible et impossible et d'y voir un peu plus clair -- ou du moins d'avoir l'illusion de définir ce que je peux faire à partir du constat implacable. Cela doit aussi participer de la substance des jours du probable condamné en sursis, qui peut encore s'en tirer si la fortune lui sourit.

J'ai envie d'espérer jusqu'au bout, de rêver, d'encore concevoir des projets sans me soucier de cette lame qui pourrait couper l'envol d'un coup sec, traçant une ligne infranchissable entre Isoldh et moi, entre la vie rêvée et la réalité mortelle, mais aujourd'hui la machine à espoir refuse de fonctionner, hoquetant au fond du couloir de mon âme. Le moteur a des ratés. Tout n'est qu'indice de la chute, deuil en avance, mauvais présage. Rien, pourtant, ne condamne d'une manière nette et irréfutable la course de nos astres d'amour, rien ne s'oppose de toute sa masse à notre marche hasardeuse, et il faudrait y croire toujours, même au plus profond de cette après-midi creuse et tachée de la cendre des oiseaux brûlés sur le parvis de l'existence.

Hier soir, Isoldh se voulait rassurante, trichant, brouillant les chiffres sans appel, allant jusqu'à jouer la suicidaire déçue. Je l'ai crue sans douter une seule seconde de sa bonne foi, de la véracité de ses dires. A ma décharge, les jours passés pesaient lourd sur mon âme et j'étais prêt à tout avaler, même les pires charretées de mensonges empoisonnés, plutôt que de repartir pour une promenade au coeur du territoire des heures terribles et gluantes d'une sueur froide et acide. J'étais soulagé comme jamais, heureux que l'on puisse à nouveau partager des songes gratuits sans subir cette mélancolie infinie, cet attristement des sens qui balayait la joie lorsque le soir venait. Mais Isoldh, pour me protéger, préférait mentir avec gentillesse, avec une douceur étrange et sans pli, caressant mon bonheur retrouvé et me murmurant que j'étais bizarre depuis l'annonce que tout allait bien -- ce qui est faux, j'en suis certain.

Je me rappelle discutant dimanche avec M., à bord du Regio Express de onze heures une, lui disant que si Isoldh devait survivre, je ne retiendrais sûrement rien de cette expérience. Je me suis trompé, mais n'ai malheureusement pas eu le temps de classer mes impressions de la journée de mardi et de ce matin pré-révélations. Je me souviens de quelque chose comme une plus grande conscience de la mortalité, une crainte des longs projets, un désir de vivre à plus court terme sans se préoccuper de ce qui viendra après. Je me sentais aussi coupable d'être soudain moins attentif que la semaine d'avant, mon soulagement rendant les témoignages d'affection moins nécessaires, moins urgents qu'auparavant, et m'en voulais d'avoir compris qu'il en était sans doute ainsi pour beaucoup de personnes; cette volonté de saisir le maximum des derniers instants, de s'évertuer à les rendre parfaits, ne s'était jamais trouvée sur ma route lors d'un jour qualifié de normal. On pourrait pourtant distribuer l'amour en parts égales entre les jours, sans se soucier de leur rang sur la grande liste que la mort biffe à mesure que l'on s'avance. Je regrette de ne pas avoir appliqué ce principe plus tôt au cours de mon existence banale -- mais peut-être la leçon est-elle maintenant apprise? Permettez-moi d'en douter.

Aujourd'hui, je faisais semblant de fêter mon anniversaire en solitaire en mangeant quelques caramels à la crème de whisky, buvant un café  tiède et fumant une Davidoff Gold; je tentais de mettre de l'ordre dans la masse informe de ma relation avec Isoldh, des rapports entre ses parents et elle, de tous ces problèmes faussement complexes, et tout en pensant à cela je tripotais les boutons de manchettes que mes parents m'avaient offert au repas de midi. Mais la vérité ne devait pas me laisser de répit plus durable qu'une courte nuit agrémentée d'un match de tennis et une matinée vite liquidée; Isoldh craque -- comme moi samedi passé, lançant mon carnet parsemé de mes peurs au fond de l'Aar et refusant de lui confier mon désespoir, tout cela pour céder quelques minutes plus tard -- et me jette le diagnostic à la face. Exit les réflexions superficielles, au loin les phrases préparées avec soin, la mise en lumière de la situation trouble que nous vivons depuis des mois. Les éclaircissements attendront devant cette déferlante de terreur à l'idée de la perte de l'être aimé.

Comme un homme hagard errant dans la forêt et écartant les branches de ses bras las, j'avance, fouetté par les événements et taraudé par une peur indicible. Que dire à Isoldh, comment la serrer contre moi lorsque ce soir elle viendra chez moi, comment vivre ce mois avec elle?  Voici le véritable fond. Tout le reste n'est que pacotille.

 

 

02.09.2008

49%, 49% et 2%

A l'instant, la porte de la voiture ou celle de l'imagerie, peut-être même est-elle déjà couchée. Ces jours ont été une alternance de bonheur et de tristesse, de larmes de joie sur un rire fragile, de pleurs amers, drôles, tragiques, une foule d'émotions contradictoires et se transformant subtilement au fil des heures. Perdu dans les souvenirs de l'été passé, des premières fois, des voyages, je faisais néanmoins plus attention aux détails -- oh regarde, un train fait de tricycles, hé un avion souligne les nuages, c'est beau -- et en gardais certains pour moi. Nous tournions le dos à la marche du train.

Quel que soit le diagnostic qui est ce jour réservé à Isoldh, cette semaine restera à jamais intacte dans l'écrin de ma mémoire flageolante. Tant de bonheur pur, de beauté, de sourires sur nos lèvres, de caresses, d'attentions; cela m'emballait le coeur doucement, me glissait au creux d'un songe agréable et qui me faisait pleurer. Et quel sentiment de culpabilité pour les sanglots qui, dans cinquante-et-un pour-cent des possibles, seront oubliés. Cette impression de deuil en avance est intolérable, comme ces quarante-neuf pour-cent annonciateurs de mort.

Ecrire est inutile. Si je le fais, c'est seulement pour occuper mes mains et mon cerveau en attendant les résultats. Je pourrais raconter notre week-end; je n'en ai pas la force. Des images de soulagement, des images de condamnation ultime, m'assaillent tour à tour. Allez, pile ou face, quitte ou double. La vie d'Isoldh se joue ce matin avec une pièce de cinq francs lancée en l'air et qui va bientôt retomber. Quelle ironie. Cela me fait vomir.

Il reste dans le meilleur des cas une demi-heure d'attente. Je vais fumer.

27.08.2008

Du goudron dans ma voix

Il existe un jour à partir duquel on ne peut plus tourner dos à l'abîme. C'est sans doute également le jour de la prise en considération de la possibilité de la chute, de l'éventualité de la noyade en des eaux tumultueuses et inconnues. Me voilà donc au courant de ce gigantesque gouffre au coin de mon existence. A l'instant, je ne demande qu'une légère poussée, une main qui m'entraînerait sans hésiter aux profondeurs de ce mystère, sans rien dire, en caressant doucement mon corps qui attend. J'ai conscience de la fragilité de ces dernières heures passées dans l'expectative de cet engloutissement entier de l'esprit, je connais la variabilité de ce désir frappé du sceau du songe -- je suis sensible au ressac indescriptible des atmosphères gazeuses, sombres et lumineuses à la fois. Mon âme est une plage vierge et déserte, une page blanche que la marée couvre et découvre au rythme lancinant de la vie incertaine. Parfois, quelques coquillages s'y égarent et font trébucher la sirène qui se promène, insouciante, déterminée, superbe; parfois, quelques algues odoriférantes s'y déposent sans prévenir et embaument l'air de rêves indicibles en pareil lieu. Je suis la plume et l'effaceur, un objet traversé d'une excitation palpable, d'un courant allant du chaud au froid, souvent tiède, jamais faible -- éternel.

Il en faudra de l'or et de l'argent pour stabiliser ce grand météore, pour assurer la prise, sécuriser le secteur de ce duo fantasmatique, il en faudra des moyens pour garantir la sérénité de l'apogée de cet empire en devenir; il faudra faire attention, marcher pieds nus sur des graviers acérés, baliser la réalité de bornes spirituelles et physiques. En ce jour d'éclair, je ressens la passion de toute ma fibre aiguisée par les mots d'Isoldh et les miens. Quelle tragédie que de ne savoir comment conserver cet élan pour le soir, ce phénomène de dissolution des principes inculqués de force, cette puissance née d'une matrice instinctive et splendide. Déjà je sais que dans quelques tours de cadran rien de cela ne restera, si ce n'est une lueur fade au fond de la gorge, un infime creux au coeur, un pincement malhabile du fil des possibles, un détour insignifiant du cours des événements. Si seulement je pouvais lâcher les chiens, un labrador, un dalmatien, un bouvier, et ne plus me préoccuper des autres voies sculptées à même la chair, je le ferais les yeux fermés.

Mais je ne suis pas encore aveugle et j'ai les paupières bien ouvertes sur un cercueil qui s'éloigne dans les flots de l'océan énigmatique. Je suis trop jeune pour saisir le sens de ces périodes si longues, de ces espaces temporels à définir et redéfinir sans cesse, sans s'épuiser, sans perdre de vue l'objectif ultérieur, la vraie durée. Ma vision est dans l'incapacité de se fixer sur un point tangible, réel. Les derniers mois n'ont été que fuite en avant et les prochains seront bâtis des mêmes lignes, perspectives attirantes et chargée d'un poids insoupçonnable et très lourd. Du cortège d'épouvantails divers qui traverse l'avenue de ma cité onirique, je ne devine que la figure de tête, alter ego de houille noire et de plumes que l'orage ne lavera qu'à peine -- les ailes pour voler là-haut sans matérialité aucune, la houille pour cette crasse qui colle à la substance de mes quêtes -- et ma voix couverte de goudron s'éraille dans un labyrinthe sans ordre de grandeur ni Idées.

26.08.2008

Comme l'odeur de son sexe

Fatigué par une journée d'entretiens avec la mort de l'élan libre, de la vraie créativité, de l'innocente étincelle débordant de l'oeil curieux, me voilà en proie aux rêves du soir, pénis éreintés qui ne coulissent plus guère au fond des puits de vérité. La gare est tapissée de chairs flasques et moites dans la chaleur de cette fin d'après-midi gluante. De prometteuses punitions attendent mes reins, la bouche d'Isoldh m'accueille d'une belle manière; la brève soirée peut débuter. Un repas identique à celui des autres jours jetables, quelques cigarettes, une bière tiède. Ah, quel délice! Cela fera quinze mois, dans quelques jours, que mon sexe a exploré celui d'une femme. De mes premiers ébats, je me rappelle une joie indicible, une petite crainte, et cette découverte sans cesse renouvelée, cette lumière d'été, l'odeur de l'antre, la nourriture à profusion, l'amour qui dégoulinait sur les corps comme la sueur brûlante, le canapé défoncé, les braises. J'avais la ville pour moi, le ciel s'inclinait devant mon désir ultime, les oiseaux chantaient mon chant, le vin portait mon millésime, la vie m'appartenait, toute chaude, semblable à la jeune fille que je tenais dans mes bras de bronze. Ah, que de voyages au gouffre, que de marches sans fatigue, que de soifs impossibles à étancher!

Ce soir, échoué en face des tristes cathodiques, rien de cela ne me semble vraiment avoir eu lieu. J'ai une vilaine entaille au côté. Le démon s'amuse avec le torchon de mon âme, il entraîne son pizzicato sur mes cordes oxydées, fait des gammes sur le clavier de ma passion refroidie, qu'il brise parfois pour mettre des glaçons dans son rhum brun. Combien de fois suis-je passé sous ses doigts habiles et sans gêne, combien de fois, pour conjurer ce sort fatal, me suis-je rendu à l'autel de la perversion? Combien de requêtes adressées à la pythie? Alors l'on dira ce que l'on veut, qu'il n'y a ni bien ni mal, que le manichéisme est démodé à présent -- il est cependant parvenu à mes oreilles qu'il n'en est pas de même partout sur le globe -- mais si vous voulez mes confessions, certaines routes sont à ignorer, jusqu'au jour de l'apocalypse du moins.

Ce soir, vautré comme un goret devant le flux, je repense à toutes ces quêtes que je suis souvent tenté de dire vaines. Seul, je m'étais lassé de ces traversées du désert dont je connaissais le dénouement à l'avance, mais ne pouvais pourtant m'empêcher de les entreprendre, les veines bien nettoyées à l'éthanol, la voix hantée, la guitare désaccordée comme prétexte à ces fugues d'une perversité devenue banale. Aujourd'hui, ces errances revêtent d'autres apparats, plus tangibles, plus émouvants, qui me laissent songeur jusqu'au petit matin d'or glacial. Peut-être la clé se trouve-t-elle dans un de ces coffres que je croyais perdus à une station sans nom, sur le trajet de ma rédemption, peu importe où. Peut-être suffit-il de cesser de croire à l'envol pur, de ne plus vouloir à tout prix s'éloigner de la terre ferme. Je ne sais pas, et mon indécision est forte et douce comme l'odeur de son sexe.

25.08.2008

La vieillesse relative

L'herbe tondue inégalement, les cadres métalliques des buts, le soleil qui jaunit lentement la verdure, la transpiration dans les gants, la course, devant moi, des joueurs. Un petit garçon s'est fait tacler et a mal au tibia. Il a quitté le terrain en boitant et, derrière moi, une fille d'une douzaine d'années s'occupe de sa jambe, comme le ferait une maman. Tu vieillis, je me dis, tu vieillis, Vladimir. Et à la sortie du lycée les minettes rêvent sous l'astre imparable qui fait l'ombre et la lumière sur la route poussiéreuse, elles rêvent et les mecs suivent. Oh, la nostalgie de ces années mortes, la tristesse de ne pouvoir atteindre ces mondes encore, et le léger vent sur ma barbe, la balle qui fuse sur le sol terreux devant la cage, il faut plonger, alors je plonge, je l'arrête de justesse, la dévie du bout des doigts; il y a quelques temps encore, disons trois ans, je l'aurais bloquée. Sans problème.

Mais ma vie a filé sans prévenir, et à bientôt vingt-et-un, me voilà rouillé et gras, usé par les désillusions, par les fausses courses, les allers-retours obscurs, l'écume des bars, la mousse des litrons, les fumées cyanurées, les délires indicibles, les très spirituels tentamens, la merde. Je me souviens de discussions haletantes avec M., quand il me disait qu'on avait l'existence devant nous, bien assurée, glorieuse; on l'a toujours, mais quelque part quelque chose s'est brisé, est-ce ma faute, est-ce la tienne, est-ce passager, est-ce sans destination?

Face au miroir, je contemple mes joues, et puis je regarde brièvement mon torse, mon ventre; j'ai grossi. Il est temps de te reprendre en main, je me dis, et puis à quoi bon, au fond, je peux encore traîner ma graisse de canette en canette, et passer de l'ordinateur aux toilettes, et prendre l'ascenseur pour aller en remettre une couche au fond des poumons, alors à quoi bon? Et tu sais, t'as l'amour, le groupe, t'écris encore un peu, tes poèmes valent le coup, tu crois pas? Non, je ne crois pas. Il n'y a que l'épaisse couche de cendre sur la masse de mes remords que je lave parfois de l'eau de mes regrets, et l'alcool sur un tapis de flemme adipeuse, l'élastique du caleçon qui colle et laisse une belle trace rouge en creux sur ma peau blafarde. L'âge d'or est derrière.

Perdu dans le nuage d'une autre cigarette, un éclair de lucidité me traverse -- la conscience exacte du mensonge du passé doré que j'abhorrais -- et du promontoire où je me trouve, appuyé à la barrière vermoulue, j'aperçois un petit enfant, en bas dans la vallée. Il me reste à entamer une nouvelle bière et me dire que rien n'est sûr.

24.08.2008

L'été final

Suis allé fumer encore un peu. Etrange nouvelle: il n'y a plus de papillon, il n'y a plus d'araignée, il n'y a plus de poussière. La concierge a balayé ce petit monde aux nombreuses pattes agitées. Si seulement elle pouvait en faire autant pour mes doutes, épousseter soigneusement mes rêves sans en trancher la fibre, écraser tout trace de rébellion, je lui en serais éternellement reconnaissant. Mais elle ne peut rien pour mon mauvais sort et je patauge dans des marais obscurs. Heureusement que cette image d'un univers empli d'insectes me quitte enfin. Cela fera de la place pour les cauchemars de fin d'été, pour les longues routes automnales, pour ce Noël tant attendu.

Comment, au sortir de mes songes de fin d'enfance, parvenu au sommet d'une fausse jeunesse dorée, les mécanismes de mon âme ont pu ainsi se dérégler? J'ai toujours cru en mes capacités, j'ai toujours eu l'intime certitude de savoir ce que je voulais être, devenir, de guider ma main avec précision. Aujourd'hui cela n'est plus que ruines, mensonges passés, conviction morte. Je gonfle ma poitrine goudronnée, respire bruyamment. Que faire? Je voulais suivre le chemin de ma perversion, de mes bas instincts; je m'en sentais coupable; je suis allé au-delà de l'océan de cette déprave, une succession de salles de porcelaine sale, une enfilade d'amourettes pour masquer ma face déformée par l'impossible rédemption, de factices égarements pour mieux semer l'inquisiteur, pour mieux garder la porte close; et puis j'ai cru m'en éloigner soudainement, et j'étais poète dans une nuit dont je connaissais les angles morts, les recoins pavés d'ennui, les lieux de perdition à éviter; plus tard encore, vous voilà, Isoldh, et tout l'extrême que je me suis forcé à cacher ici ou là dans les pièces désertes de mon âme, dans les coffres aux trésors morbides et glauques, tout l'extrême ressurgit, un long appel de mort, un son trépidant venu d'une corne parfaite, ou que j'ai espérée parfaite, et il n'y a rien à faire, les bêtes sont lancées à la poursuite de la tranquillité de mon coeur.

J'ai rêvé de liberté, de grandes fêtes et d'orgies somptueuses; j'ai rêvé de voyages sans fin aux confins de la planète, au plus loin de la poésie, j'ai rêvé de reconnaissance, de pureté, de la vie comme un éclair, une étincelle, un clin d'oeil, un chien qui s'ébroue, de fines gouttelettes de mystères et la chute pour plus tard. Me voilà en laisse par ma volonté propre, peut-être par celle d'éléments inconnus qui gravitent gravement autour des relations humaines; et des deux désirs de mon âme, variables comme le passage des nuages, comme la lumière au cours du jour,  comme le vent dans les feuilles des vieux chênes, l'un ne vaut pas plus que l'autre. Mon abîme est l'accouplement, en une seule vie, en une unique et pénible journée, des fragments de ces opposés d'égale valeur. Ces derniers n'auraient jamais dû être séparés.

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