22.09.2008

Le premier de solitude

Lorsque la nuit retombe

le jour ayant épuisé son crédit

et que les feuilles, soufflées

par le vent de la nuit,

ne savent plus pourquoi

ni comment

je remue la douleur

 

(les débris de la vie

pataugent au fond d'un verre)

 

Première promenade nocturne

sans toi

sans le poids du malheur malade

sans le poids du bonheur

j'ai envie de te serrer fort

je ne peux pas

j'ai peur

 

il faut cette distance de nos coeurs

pour revoir la couleur

à l'horizon

ressentir la douceur de l'air

sur le chemin

le poumon pur

sans cette limaille d'amour

cette plaie qui suppure

guérira sans ta main

qui l'enveloppait d'une étoffe

semblable à la mort

et la chérissait

sur mon ordre insistant

vaguement dissimulé par l'apparente

soumission de mon être

je guérirai

au long des danses vacillantes

des faux chants de victoire

des routes pavées de lames

l'écaille du mal

je guérirai

et toi de ton côté

seule avec tes fautes

et les miennes

tu croiras perdre la vie

à raison

puis au sortir d'une ruelle

très longue et sale

que tu auras crue interminable

éternelle

tu riras

 

alors dans les ciels

les grands oiseaux de l'amour

reviendront à tire-d'aile

et de nos cendres ressassées

trop longtemps et trop mal

malaxées sous nos mains désireuses

de connaître le vrai fond

d'accomplir le rituel

de nos sexes débordant

nous ferons un diamant

 

je reviendrai

tu seras là

rien ne s'efface sous le chiffon

de tes larmes --

et des miennes

tapies derrière le masque épais et froid

de l'homme désincarné

contemplant de sa tour

l'étroite distance

calculant l'espace à mettre

entre nos corps aimantés

voulant encore

comme les pièces d'un puzzle

s'encastrer --

rien ne s'efface et nous saurons

retrouver le fil de notre amour

j'y crois

 

il sera temps

nous accrocherons nos vêtements

à la haute patère du soleil

et nus nous reprendrons

nos ébats

à l'instant même où nous avions

suspendu cet envol

sans accroc dans la toile

de ce qui semble être

le destin

aujourd'hui il ordonne

que je lâche ta main

et marche seul, loin

 

mais je reviendrai

et tu seras là

rien ne s'efface sous le chiffon

de tes larmes et des miennes

car je t'aime et ce n'est pas

quelques barrières chichement dressées

quelques subtils détours

qui m'empêcheront de revenir

placer mes pas dans ta course

et toi aussi

tu guériras

hamster doré

la plus grande part

de ma joie

tu guériras

tu guériras

et si je devais faillir

ce ne serait qu'un mauvais rêve

rappelle-toi

l'effort à faire

les nuits de poix

tu balayeras

ces fragments froids

tu sauras

prendre la chance

de devenir...

 

et je reviendrai

car tu seras là

et nous saurons poursuivre

le fil de notre amour

tressé de flammes

 

et si je me trompe

qu'importe

la vie

09.09.2008

Vingt-et-une fins d'été

A Isoldh

 

Vingt-et-une
fins d'été
il y a une année
je buvais du rouge
il y a deux ans
je ne sais plus
aujourd'hui
j'ai peur
l'on meurt autour
de mon amour
bientôt peut-être
viendra son tour

j'ai passé ma vie à offrir
des chrysanthèmes
je ne connais rien de la mort

dans une année
jour pour jour
je me marie
dans deux ans
je ne sais pas
qui je serai

ce soir je bois
de la vodka
il y a une année je buvais
du rouge du rouge volé

j'ai passé ma vie à rêver
à rêver sans relâche
je suis fatigué

vingt-et-une
fins d'été
qui pèsent de tout leur poids
qui illuminent chacun de mes pas
l'oeil ouvert sur le souvenir
de chaque marche
sur l'oubli qui dans le silence de l'inconnu
déploie sur ma mémoire
un profond voile
je me rappelle presque tous les mots
je le jure
les mots que l'on s'est dits
l'amour
l'échange lent qui entourait nos gestes incertains
la première vue
je me rappelle les jouets de mon enfance
les offrandes de l'existence
ce beau tapis lustré sous mes pieds
de petit garçon
je me rappelle la couleur des coups les bagarres
et les grands dessins de l'ennui
j'ai gardé une trace de mes rêves
des carnets combles de vers
que j'écrivais
à même mon coeur
j'ai gardé l'image de toi nue
à peine masquée par le drap
et j'ai encore la lumière de la lame
plantée dans le regard comme une lance
au flanc du christ
j'ai tes pleurs dans la main
ils ruissellent sur les miens
j'ai un grand coffre-fort
j'en ai perdu la clé
mais j'ai encore de l'espoir le soir
lorsque sous les larmes qui mouillent mon masque
je saisis cet éclair
celui de la belle trajectoire de nos âmes
et ce sourire
condamne ma peur sans faillir
j'ai conservé ce long frémissement
à l'approche du pas de tes lèvres qui dansent
qui dansent
sur un air lointain que parfois j'en suis sûr
je fredonnais sous la douche
je ne te connaissais pas
je savais déjà
ta présence dans ma voix
j'ai conservé le mystère de ta peau
qui glisse sur la mienne
je me souviens les drapeaux
pirates de mon enfance
et les jeux sans craintes et coupables
j'ai en tête le parcours exact
de ce sang ridicule
cette tache sur la parole jetée
comme mon père m'apprenait à lancer
des galets
j'ai l'or des rois mages sur la langue
je l'enroule à la tienne
il y avait une plage de sable fin
un avis de tempête
j'en ai bravé peu
parfois je me sens vieux
j'ai l'ordre de ma mère
il me dit
range tes vers
il fait froid ici
j'ai l'impression que l'hiver
discrètement dépose de sa substance
sur le bitume de l'automne précoce
qui n'a pas tout à fait remplacé
ma vingt-et-unième fin d'été
mais je peux sentir lorsque le soleil
laisse place au noir
il y a cette odeur que je ne peux méconnaître
elle s'immisce
et c'est la fin
de mon verre
de ce trait invisible qui semble tirer nos vies
sur un chemin en bordure d'un cours d'eau
un bateau remonte le fleuve
l'âne tracte plus que la barque
il tracte la barque et le fleuve
et mes rêves
il tracte mes souvenirs bornés et ta chair
que tu me laisses caresser
il tracte le songe éternel de la mer
et le ramène au royaume de la source
je me souviens d'un âne semblable
dans un petit enclos
il hurlait
le sexe tendu vers le vide
je me rappelle nos orgasmes distendus
la discontinuité du tissu de notre jouissance
inégale
et dont je semblais être le bénéficiaire
un mauvais calcul
j'ai l'ombre de mon frère
sur le cadran solaire de mes pertes
un champ de bataille
on dirait un coeur
en coupe longitudinale
et les voyages
les capitales les destinations
proches
l'Europe et la Chine
pour l'enfance
la Suisse
pour l'amour
Bâle pour l'extase
Thoune pour les pleurs inconsolables
Montreux-Territet pour la course après
le bonheur
ce léger fragment indicible que l'on poursuit
à grands coups de jours entiers
joués cartes sur table la quête
de ces instants qui pourraient
ne plus se présenter
et l'on court épuisés morts de faim
pour y goûter encore
pendant qu'il est temps
certainement
et le reste
pour plus tard
un champ de bataille où s'affrontent
l'espoir et son contraire
dans une silencieuse gerbe de sel
il n'y a rien à en dire
j'ai des mouchoirs étincelants
je me rappelle nos errances
nos projets inconcevables
la tristesse
la joie
et si cela devait être la dernière route je lirai
un poème devant le cercueil
mon coeur dans le coffre contre le tien
les sanglots sur le sol
en grosses gouttes épaisses
et ma voix tremblera entre les murs épars
ce vers pour toi mon amour
et celui-ci pour l'enfance
qui est toi aussi mon amour

j'aurais passé ma vie à offrir
des chrysanthèmes
je ne connais rien de la mort

dans une année
jour pour jour
je me marie
dans deux ans
je ne sais pas
qui je serai

ce soir je bois
de la vodka
je lève mon verre
à la vie avec toi

29.08.2008

Comptine IV

A la rescousse des radieux

le pillard qui détrousse

notre monde infime

la courbe de nos yeux

 

le corps cambré invisible

et la poudre au coeur

tu lisais l'indicible

tu buvais la sueur

 

et de wagon en wagon

le papier épongeait

le sel de mon front

les mauvais sujets

 

et l'homme ahanait

sous son lourd fardeau

un peu de baume épais

aux clients des cargos.

Comptine III

La chaleur découvre des heures

oubliées

ici c'était le voyage

et là l'apnée

 

tu te souviens de ces pas

que tu croyais révolus

mais dans la cendre de ton crâne

tu filtres encore la mémoire

 

et parmi les cadavres de mouches

sous les néons frigides

il y a ce regard

celui dans le vide

 

et dans la vague de sueur

tu mets à jour

ce qui te faisait peur

et que tu aimes toujours.

Comptine II

Les heures désaxées

pirouettes et châteaux de cartes pervers

fin d'après-midi des tortures

ma visite de la tour

 

l'herbe du jardin malaisé

la coupure d'une toupie

la roue tourne

en cette fin de partie

 

le silence des voitures

sans un heurt sans accroc

un échange de fous

et cette canaille d'escroc

 

ce qu'on a payé d'avance

et qu'on n'aura pas

une erreur d'appréciation

un petit doute.

Comptine I

Sur les rochers d'un exil clos

s'étalent les flots endiablés

mille marées dans les reins

et une cage de lumière

 

tu battais la campagne tu battais

plus loin encore

et les bottes de foin

défilaient sans effort

 

le train allait sans éclair

juste la somme des chemins

l'oeil clignait et le coeur

fronçait l'air de mes mains

 

au-delà des champs le lac

la plus belle des comptines

l'obscurité sur les brins

d'herbe qui s'affinent.

22.08.2008

Sans titre

C'est à coup

la brise la glace

le trop-plein des égoûts

mon âme

l'espoir qui goge

l'amour

19.08.2008

Sans titre

Et les yeux jamais dits

et les quêtes que l'on n'a pas

accomplies

 

les accords de novembre

plaqués en tête

la vie lourde comme ça

les fantasmes les faux pas

 

et d'un geste sélectif

l'amour redistribuant

l'amour

 

la rétribution des crimes

l'effacement

au faîte des plus hautes cimes

mon pardon

 

quelques gouttes de mots

se mêlent à la voix

cassée les sanglots

 

dis

dis

pourquoi tu oublies?

07.08.2008

Oraison cendrée

Aux fragments de ma liberté d'orage

je me noie dans la fange du possible

j'existe à l'ombre sans pardon

frapper la lie aux cavernes d'ambre –

je te suis à la trace, tu sais

tu t'entailles aux fenêtres closes

si proche enfin –

en songe je répète déjà le geste

infini

fermer tes yeux de ciel incendié

sans retour

et ça me brûle, là au creux

01.08.2008

Sans titre

Les insectes lancent l'attaque

il faut cette pulsion qui dit oui

qui balance l'amertume

par-delà les courbes sales

il faut ce mur ce fouet

cette trace indicible

qui remonte le ressort

un dragon escalade

les pentes de mon corps

il faut ta main moite

le cercueil de mon sexe

il faut il faut il faut

rattraper le trésor il s'enfuit

dans l'écume des toilettes

excréments à compléter de ma langue

rapeuse et morte

j'agite de mon vent

les tranches de ta chair –

pleureur à l'horizon

n'écoute plus la prière

le pur reste en paix dans la tombe

de ma lumière qui apure.