14.09.2008

Brèves IV

Oriflammes de la lenteur

qui sur mes murs dressez sans heurts

victoires et défaites

d'une force égale

à quand les tempêtes

à quand l'escale?

 

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Les gares sont des cimetières

les trains des cercueils

et de quai en quai les voyageurs

déposent des gerbes de fleurs --

parfois je recueille

un peu de leur poussière.

 

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Le théorème de l'échec --

la longue soutane d'un archevêque

en quête du plus pur divin

et qui sous sa robe retient

un jeune enfant qui le suce

tandis qu'il fait donner l'angélus.

 

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Le culte de la moisson

l'offrande recommencée --

il y a tes hanches

une très longue cheminée

une vieille construction --

combien de marches avant les hautes branches?

 

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C'est l'étoffe du matin, faite de voeux,

quelle fuite pour vivre vieux

et du creux de la main remonter

cette pente de perte amer --

un sourire fait croire à la chair

qu'il vaudrait mieux rester.

 

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Pour un peu de poussière d'éden

j'ai raclé le mur du caveau --

un peu de limaille sur mes os

un grand remous qui vient

des entrailles d'un chien

répandues comme le sang dans l'arène.

 

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Sous les rocailles d'un horizon stabilisé

grouillent insectes et serpents

c'est l'amour

sur les chemins sans pitié

traîner l'incident

le jour.

 

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Le fil de mes cendres sauvages

se défait à peu près

aussi vite que l'ouvrage

qu'a entrepris le fuyard --

par-delà le parapet

une longue chute dans le noir.

 

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L'univers fut teinté

par une main sombre qui s'apprête

à reprendre ses couleurs --

mais d'abord il faudra passer

par tous les feux

de la saison des douleurs.

07.09.2008

Brèves III

Au théâtre des attentes moites

mon corps sue la mort

et sent le sale --

une ombre traverse la salle

un bateau rentre au port

un murmure ferme la boîte.

 

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Quelle tristesse que ce deuil

en avance sur le légiste

mes peurs autopsient l'espoir

l'ardeur dans le noir

un travail d'archiviste --

l'arbre perd ses feuilles.

 

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Détournant le regard

d'un astre aveugle

le fleuve de mes peurs aiguille

la seringue

quel appel au creux

du bras ridé.

 

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Bouclé au cagibi final

le bond factice la chevelure

je défais un noeud

j'arrache une prière --

les peurs sont à taire

l'espoir est à demeure.

 

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Mon horizon plus bref

qu'un mensuel consulté

en salle d'attente

j'humecte l'index

tourne les pages

meurs d'angoisse.

 

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Le parfum du savon

la mousse les mains le mal

me ramènent là-bas

l'odeur de l'enfance

une porte de grange

la poya que mon père avait peinte.

 

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La lumière filtrée

un grand cru

la pièce fraîche

la poussière sur les seuils

que j'oublie de franchir

le chant de mars.

 

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Les premiers accords de septembre -- on joue un faux requiem

sur mes joues je compose

une élégie

je crois ce soir à demain

demain je croirai que ce soir

est déjà loin.

 

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Glacial repas de marbre

dans le repos

entre les larmes

le port la promenade l'amour

entre les jambes

la vie jetée en pâture.

06.09.2008

Brèves II

J'ai vu des yeux sacrés venir et disparaître

passer sans s'apercevoir

et jamais les mêmes gestes.

N'oublie jamais tu es la muse

s'il le faut

je t'immolerai sur mon autel de poésie.

 

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J'ai appris à être grand

j'ai appris à être petit

j'ai dans les yeux des nuages

des étoiles rugueuses

et la nuit comme un sabre

planté et qui rit.

 

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Il y a encore un peu de ton odeur

sur les parois de la cabine

mon urine

balaie la voie qui mène chez moi

que de rails et quel poids

les trains vont vite comme la douleur.

 

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La torture des marécages

le sang qui caille

savoir où aller

est une question sans âge --

cesse de me menacer

où veux-tu que j'aille?

 

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Que l'état de mes cendres

me laisse aux tourments incertains

une phalène amorphe

une araignée morte ou la mer

un lieu plus large que les tropiques du cancer

une urne sacrée que le sang fige.

 

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Une bière glacée sur le corps

trop jeune

les cheveux sont une bataille inachevée

une hydre de plus

mes mots escortent

une procession fausse.

 

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Le long cercueil de ma jeunesse

un pont enjambe la vie

l'eau y passe et la paresse

comme un baume

caresse ma paume usée

une gifle douce cet au revoir.

 

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Sur un lit d'incertitude

la marée joue lentement

l'indifférence est un voile qui recouvre

les jours de peine

la joie une vague

qui ramène la lumière.

 

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A la venue du sel aux coins des yeux

j'évapore un soupir un de plus

une autre époque est passée --

la peur, une amie qui s'attarde

et qui lorsqu'on voudrait dormir

chuchote le pire.

 

 

26.08.2008

Brèves I

Le bruissement des feuilles dans le vent

le chant des petites filles

eidem trompes-la-mort

et d'une main distante

tracer le souvenir de ce qui

ne s'en est pas encore allé.

 

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Un cafard ronge la corde qui retient

mon assemblage de rêves dociles

une araignée tisse ma croix

un martyr rit de moi

dans le ciel des grandes villes

les oiseaux sont des chiens.

 

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Une fontaine boit mon sang

trois-quatre litres à la fois

brûlants et froids

une sangsue crache mon âme --

il y a de ces instants

où l'on est attaché aux flammes.

 

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Remettre le sens à plus tard

ces jours ne veulent rien dire

le chien-poète ailé-errant

ne peut plus être cohérent

il met à sac son empire

et cherche dieu au hasard.

 

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J'étais à la fenêtre

les cendres soutenues par l'air

restaient à ma hauteur

j'avais envie de déposer

ma cigarette ma main

m'assoir dans le vide.

 

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Des murmures faire le deuil

anguille de lumière

insertion de la mort

dans des couloirs coffres-forts

devant les barreaux hésiter

s'engager plus avant.

 

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Le sable me ramène

à la terre de mes rêves

j'ai signé

pour l'oubli

la poussière

l'instant figé d'un oeil coulant sec.

 

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Vaguement resserée sur l'arme

ma joue me dit

attend le jour

et plus loin sous les arbres

on mange à midi

on meurt à rebour.

 

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Mes piliers d'étamines

mes drogues mes passes-droit

l'éternel instant fixe

au lieu des tempêtes

cette immobile volute

qui appelle.