28.09.2009

Mes putes

Mes putes
traînent leur spleen vaginal
en pornophoniques vagissements
en roseurs étalées
elles sont les vers qui sonnent justes
les poèmes qui font bien
elles sont l'amour à la mort
les fleurs déflorées
toute cette quête de blanches heures
sur les bottes de foin en aiguilles
et ces champs moissonnés
tels de longs visages imberbes
et que l'on caresse par des mots
dans le bon sens comme il faut
jusqu'au matin petit
où l'on tire la rosée
et j'enterre les voilées
ces choses mystérieuses
titubantes
béantes
bouches bées
et leurs insectes stériles
à qui l'on fait la cour
comme à des reines incomplètes
des puzzles inachevés
et pour mieux niveler
nos têtes jusqu'aux pieds.

16.09.2009

Egophobie

En-dehors du focus
les pièges au-delà du sens
par-devant l'image
par ailleurs perdue
quelques taches de gras
éparses et comme avares
quelques flaques
pluies larmes huiles
essentielles
et belles
et nulles
mes pellicules
ratées rapiécées blanches
livides photographies négatives
splendeur à la ramasse
pelles
époussoirs
carrelages
collégiales
vitrines des âmes
visages ô combien
dépensés
sans teint
egophobie des après-midi yeux brûlés
aux soleils vagues et lancinants
aux nuages fédérés en linceul
cafés inutiles
stériles vanilles
l'arôme de ces heures inmâchables
aux fumées trop pâles pour être vraies
vent apprenti, élève dépassant
le sublime des arbres effeuilleurs
vieilles filles de joie
les petits culs des nouvelles faces toutes inconnues
l'ostracisme des rentrées
inodores
invisibles
modernes
mon chant à la peine manque à toute chose
absent de marque non absent
démarqué
au rabais
hérétique
le difforme de seize heures tous voiles dessus
mariage de raison entre le vide et le creux
l'attrait lesbien des tristesses et des joies
la haute couture de mes lèvres
de cette bouche suturée
les défilés de modes opératoires
inopérants
en blocs volcaniques saturés et secrets
seize heures
quinze
le mystère est une enveloppe recommandée
et vide
que l'on garde pour preuve
un forfait un bal
usurpateur homicide
parricide
matricide
fratricide
régicide tyrannicide
liberticide
acide
assez
tu me bassines
me fatigues
m'érodes et m'uses et m'utilises
me dis-je
dans la beauté relative de seize vingt
et son décor lunaire
de béton et de pierre
mes pensées satellitaires
en fourgons postaux et voiries dépassées
l'industrie d'un poème en simili-vers
à la chaîne comme un chien à la niche
comme un éclair a son tonnerre
le laser son rayon
la ruche sa reine
et exceptions
faites d'indésirables enfants
on vous aime tous
et tout plein
tant d'affection dans de si petits corps
et morts de surcroît
que ça m'en flanquerait la trouille
provoquerait mon émoi
mais non
juillet août septembre et me voilà
aux cavernes d'ambre
sans retard
à la saison comme de coutume
loqueteux
incomplet
mais encore bien poli
merde
quel leurre est-il celui-là
je ne sais pas
divin carnaval
comédiens romains presqu'étrusques
étriqués et qui s'offusquent
et me démasquent
des masques et tout tombera –
il suffit d'un jour
aux maîtres de toujours –
hé excuse-moi excuse-moi
excuse-moi
excuse-moi de te déranger
excuse-moi
t'aurais pas deux balles
excuse-moi
quand n'aurais-je dû mentir
quand aurais-je dû parler

03.09.2009

Nécromants

Voilà. Le même laps de temps que le lycée. Trois ans. J'ai appris à ne rien savoir, à tout chercher. J'ai appris à bien chercher. Je n'ai pas fini mon Bachelor Of Art. L'anglais, à vingt crédits du but. Je risque de connaître les joies de l'échec troisième et définitif ; à moins que ce ne soit ces 10 crédits de retard qui, selon le règlement d'études et d'examens, ont valeur d'expulsion. Il faudra voir. La géographie, c'est plié. Sciences de l'information et de la communication, ronflant, en bonne voie. Et puis le service militaire, bientôt.

Il pleut. Comme d'habitude. Cette nuit l'orage était beau. La cigarette clandestine, à la fenêtre, le store avancé, le souffle en biais pour ne pas que la fumée stagne entre le verre et le métal, le plastique. Cela fait plusieurs jours qu'il y a dans l'air cette odeur d'automne, de fin de cycle. La veste en daim, le tabac, ces arômes nostalgiques et indéfinissables. Ecrire à la professeure, ressusciter un peu de cette époque. Poésie inutile, en vrac, massive -- lui confier l'amas de l'indécidable, comme à titre posthume, et la laisser faire son choix. Chose facile, ligne de fuite, lâcheté. Quelques mots, que lui raconter, que dire de qui je suis devenu, qu'omettre, qu'inventer.

M. a foutu le camp à Berlin l'autre jour et déjà me manque. Il est devenu comme ces figures lycéennes et oubliées en chemin, perdues parce qu'impossibles, idiotes, ephémères. L'on est tous morts quelques fois ces années. Peut-être le suis-je un peu plus. J'en ai pris l'habitude. L'usage des grandes trajectoires, des remèdes mensongers, des longs vers qui s'écrasent. L'on est devenu cons, tous, avec notre façon intime de le devenir et de l'être, et l'on s'enfonce dans nos personnages malhabiles, peu assumé pour ma part. Géniteurs, nous voilà. Qui ici ignore la ressemblance tragique ? Il faudrait être aveugle, inconscient, menteur. Et j'en connais, de somptueux aras aux discours flamboyants et tenaces, j'en connais des renards, des corbeaux. Je me rappelle ces fables et rigole. Le rire au bord de l'abîme -- l'on voyait cela en cours de français et l'expression même me faisait ricaner. Voilà, encore : la professeure, le retour au passé, l'infinie sollicitation des souvenirs définis comme étant les meilleurs -- mais tout cela est factice et je le sais bien, et j'en ai d'autres, et des mieux, des colorés, des pervers, des jours on ne peut plus heureux et plus sombres. Alors qu'importe ces humeurs, qu'importe le vent balayant les feuilles tombées en première lignes, qu'importe le canon du tonnerre et ces foutaises de métaphores.

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