29.10.2008

Mon amour

Mon amour est un vieux disque rayé
en travers de la gorge
une méduse échouée sur un banc de sabliers
que je retourne quelques fois par jour
une robe de la Nouvelle-Angleterre
rapiécée et boueuse
qu'une fermière silencieuse
lave parfois de son sel
et sur les ruines d'un monde que mon regard
ne peut plus tout à fait circonscrire
je bâtis une route de cendre
sur laquelle mes genoux
tremblent et s'enfoncent
comme dans de la houille --
c'est-à-dire pas du tout.

20.10.2008

Partout

A l'approche de la nuit qui me saisit comme l'oiseau sa proie
comme le génie le plus complexe raisonnement
accolé aux murs froids des antichambres de porcelaine
et autres réduits ferroviaires
entre quelques correspondances immanquables
entre la veille et la vie
au pied des falaises de Bretagne
au sommet des phares
à l'ouest
partout.

08.10.2008

Signes

Sans un signe supplémentaire
l'enveloppe cousue
la bouche scellée
les peurs de l'enfance badigeonnent la voix
et la brisent comme un verre de cristal
pur et manipulé par un maladroit
et d'une peinture à doigts poisseuse
la viole et le luth tracent sur les courbes
des formes géométriquement sales voire absurdes
et elle pleure
et elle crie
et elle rêve très doucement d'un aigle et d'un faucon
de qui les têtes je coupe
et le matin le café est sans saveur
la cigarette un alibi de moindre valeur
l'explosion un bête pétard allumé par mégarde
ou par un galopin malintentionné pissant au froc
la bière une fontaine interdite aux touristes
qui autrefois venaient y mouiller leurs sweats blancs
desquels débordaient de sacrés seins qu'il fallait
refroidir de peur que le soleil ne les fasse fondre
et elle pleure
et elle crie
et elle rêve très doucement d'un bouc et d'un éléphant
de qui la trompe je coupe --
ses rêves sont saturés de symboles phalliques que l'on supprime
et pourtant le dimanche sur la terrasse l'on s'échine et l'on trime.

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